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20.01.2008

La mort de la culture française, à qui profite le crime?

L’initiative de cet article ne vient pas de l’auteur Donald Morrison, ancien chef de bureau de Time magazine à Hongkong vit à Paris depuis quatre ans et fréquente la France depuis trente-cinq ans, mais d’un brainstorming au siège du Time Europe, à Londres. Il faut savoir que cet article n’a pas été prévu dans la version américaine du Time magazine et ne le sera vraisemblablement pas. Par contre, il est paru le 04/01/08 dans Time Asia, dans sa version asiatique.

 

De deux choses l’une, soit effectivement la culture française est vraiment morte et enterrée et elle n’intéresse plus personne, soit cette mort annoncée est erronée et n’a de finalité que de provoquer un électrochoc aux français. Ce qui aux vues des réactions aussi nombreuses que vives est plutôt réussi.

 

Néanmoins, au regard du nombre d’artistes présents sur la scène internationale, cela parait improbable. Preuve en est, s’il en fallait une, le 15 janvier dernier, Marion Cotillard a été récompensée par le golden globe de la meilleure actrice pour son rôle d’Edith Piaf dans « La môme » d’Olivier Dahan. Ainsi que « Le scaphandre et le papillon » film franco-américain réalisé par Julien Schnabel (américain) tourné en langue française, a obtenu deux récompenses dont celui du meilleur film en langue étrangère. Comme quoi la langue française n’est pas toujours un frein à l’exportation. De plus cela répondait à une volonté du réalisateur de tourner avec des acteurs français, en France et dans la langue de Molière.

 

Certains prétendent que cela correspond à un cycle récurrent, tous les quatre ou cinq ans, les États-Unis sont pris d’une fièvre anti-française que l’un de leurs grands médias se charge de communiquer à grands cris. Comme l’article est issu de la version européenne du magazine et qu’il n’est même pas paru dans la version américaine, cela ne tient pas. Par ailleurs, les artistes, concepteurs, designers, architectes d’intérieurs…français fonctionnent très bien là-bas. Beaucoup s’y sont installés et font fortune.

 

M. Morrison dans son article stigmatise la culture française par des clichés parfois un peu dépassés comme ses références au cinéma de la Nouvelle Vague des années 1960 avec François Truffaut et Jean-Luc Godard. Qui entre nous soit dit, ne devait pas être non plus à la portée de tous ! Non, Monsieur, la littérature française ne se limite pas à Molière, V.Hugo, Balzac, Flaubert, Proust, Sartre, Camus ou Malraux, ni la  musique à Debussy, Satie, Ravel, Milhaud, Charles Trenet, Charles Aznavour, Edith Piaf ou Johnny Halliday. Sans doute, avec ces maladresses, a-t-il voulu nous interpeller sur les failles de notre système culturel. Si bien que les éditions Denoël lui ont proposés d’approfondir son analyse sur le sujet dans un livre, ce qu’il a accepté et dont la parution est prévue pour la rentrée prochaine. 

 

Une chose est sûre, c’est que la culture est à la fois le reflet et la vitrine de la santé économique d’un pays. D’une part, elle favorise  les échanges commerciaux car elle représente en tant que vitrine, le savoir faire passé, actuel et futur du pays. Elle marque plus facilement les mémoires collectives parce qu’elle touche à l’émotionnel, ce qui reste dans l’inconscient et ressurgi au moment opportun. C’est la raison pour laquelle M. Sarkozy s’emploie si activement à restaurer son rayonnement. Un, qui avait bien compris cela, c’est Louis XIV qui pour tenir sa cour et les monarchies européennes en respect, a construit Versailles pour « éblouir » le monde. Ce qui a bien donné le résultat escompté. Par ailleurs, il a relancé l’économie avec Colbert, en confiant la construction à des entrepreneurs privés. Notamment la réalisation de la galerie des glaces qui a donné naissance à la société Saint Gobain, qui a rompu alors avec la tradition artisanale des manufactures en organisant la production de la glace selon une logique industrielle et s'empare d'un quasi-monopole en Europe au 18ème siècle détenu alors par Venise. Et d’autre part elle est le reflet de notre société qui rencontre des difficultés à s’adapter à la mondialisation, sans doute parce qu’elle provient du modèle anglo-saxon.

 

Notre système n’est pas parfait, mais heureusement qu’il est là pour permettre à des œuvres singulières d’exister sans quoi si cela devait dépendre du marché alors cela ne serait plus qu’un produit marketing. Et ce serait sans conteste la mort de l’art !

 

Dernier point sur lequel M.Morrison a raison, c’est le fait que nous n’exploitons pas assez la richesse de notre diversité culturelle, tant au niveau régional qu’au niveau des français qui ont des origines étrangères proches et dont le mélange naturel représente le nouveau visage français. C’est pourquoi, au lieu de nous tourner vers le passé et son déclin nous devrions plutôt profiter de ce nouveau souffle pour nous ouvrir au monde et faire de cette diversité notre réalité. Et  continuer à faire de la culture française une exception.

 

Alors, à qui profite ce crime?

Une chose est sûre, si elle  était morte on en parlerait plus ! Le fait qu’on en parle est plutôt signe qu’elle représente encore une menace pour d’autres qui la préféreraient l'enterrer. Au Time magazine  dont les coups éditorialistes sont coutumes ? Tout a fait vraisemblable, cependant, ce coup publicitaire et cette remise en question nous profitent aussi, à condition qu’ils ne restent pas sans suite.

 

 

Cécile.

 
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